Le plus dangereux arrive parfois après le dernier coup d’arc. Un feu peut couver dans une paroi, sans que vous le voyiez.
Voici la prévention incendie des travaux de soudage en nacelle, du permis de feu à la surveillance.
Nacelle, travaux de soudage et prévention incendie : des risques cumulés
Souder depuis une nacelle, c’est cumuler plusieurs dangers. Il y a le point chaud, les projections de métal et les fumées. Il y a aussi le travail en hauteur, l’alimentation électrique et une évacuation parfois compliquée.

On pense souvent que le risque se limite à la pièce soudée. Pourtant, une étincelle peut atteindre un matériau combustible situé à plusieurs mètres. La chaleur peut aussi voyager par une poutre, une tuyauterie ou une paroi.
Le feu apparaît dès que trois éléments se retrouvent au même endroit :
- un combustible, comme du carton, du bois, du plastique, des poussières, des solvants, des hydrocarbures ou un isolant
- un comburant, en général l’oxygène présent dans l’air
- une source d’énergie, ici l’arc électrique, la flamme, les étincelles ou une surface chaude
Les projections peuvent tomber sur plusieurs niveaux. Il faut donc vérifier avant d’intervenir :
- la zone située au-dessus et au-dessous du poste de travail
- les locaux voisins, surtout s’ils sont reliés par des gaines, des canalisations ou des ouvertures
- la stabilité du sol, les obstacles, les véhicules et les lignes électriques
- la charge totale, avec les personnes, le poste à souder, les câbles, les bouteilles et les pièces métalliques
- les moyens d’alerte et de secours, accessibles depuis le sol comme depuis la nacelle
Le permis de feu encadre chaque soudage réalisé en nacelle
Le permis de feu encadre les travaux par point chaud. Il vise le soudage, mais aussi le découpage, le meulage et le tronçonnage. Toute opération qui produit des étincelles ou des surfaces chaudes est concernée.
Il s’applique que le travail soit fait par votre entreprise ou par une entreprise extérieure. Il complète l’analyse des risques, le plan de prévention ou le PPSPS. Il ne les remplace pas.
Pour une intervention en nacelle, il devrait notamment préciser :
- le lieu exact, avec le niveau concerné et les zones accessibles aux projections
- la description du soudage, le procédé utilisé et la durée prévue
- les noms des opérateurs autorisés, du responsable des travaux et du surveillant incendie
- le matériel utilisé, comme le poste à souder, les câbles, les bouteilles et les extincteurs
- les produits présents à proximité, y compris ceux stockés dans les locaux voisins
- les numéros d’urgence, le point de rassemblement et l’emplacement des moyens d’alerte
Le permis doit avoir une durée limitée. Si le lieu, le procédé, l’environnement, l’équipe ou le planning changent, refaites une analyse. Même si le chantier semble identique, ne gardez pas l’ancien document.
Pour vérifier la mise en œuvre sur le terrain, posez-vous ces questions :
- Les ouvertures, gaines et passages de câbles sont-ils obturés ?
- Les bouteilles et câbles sont-ils installés sans risque de chute ou de détérioration ?
- Les extincteurs sont-ils adaptés et immédiatement accessibles ?
- La nacelle peut-elle redescendre sans rencontrer d’obstacle ?
- La surveillance reste-t-elle assurée pendant toute la durée prévue ?
Les projections et la chaleur peuvent enflammer des zones éloignées
Les projections de métal en fusion atteignent facilement une température comprise entre 1 000 et 2 000 °C. Elles peuvent glisser dans une fente, tomber derrière un bardage ou se loger dans un faux-plafond.
La chaleur se propage de trois façons :
- Par contact direct ou rayonnement, quand un matériau placé près de l’arc chauffe jusqu’à s’enflammer
- Par conduction, lorsqu’une poutre, une tuyauterie ou une paroi transporte la chaleur vers un autre local
- Par les étincelles et gouttelettes incandescentes, qui franchissent une ouverture ou tombent à un niveau inférieur
Éloignez les matières combustibles d’au moins 10 mètres de la zone de travail. Cartons, chiffons, emballages, bidons, plastiques, bois, poussières et déchets sont concernés. Dès que possible, faites-les sortir du secteur.
Quand le déplacement reste impossible, protégez les éléments fixes avec des matériaux adaptés :
- Des bâches ignifugées, correctement fixées et sans ouverture sous laquelle une étincelle pourrait passer
- Des plaques métalliques jointives, posées sur les surfaces exposées
- Des écrans ou panneaux, pour limiter le rayonnement et les projections
- Des matériaux incombustibles, autour des traversées et des interstices
- Un arrosage ou un refroidissement, lorsque cette mesure reste compatible avec l’installation et le risque électrique
Attention toutefois, l’eau ne s’utilise pas sans réfléchir près d’un équipement électrique sous tension. Le permis de feu doit donc prévoir :
- Le moyen d’extinction adapté au type de feu possible
- Le moyen d’extinction adapté aux installations présentes
Les ouvertures sont un point faible très fréquent. Une étincelle peut tomber dans une gaine ou un caniveau, puis déclencher un feu plusieurs minutes plus tard. Calfeutrez donc avant d’allumer l’arc.
Gardez enfin la nacelle propre et dégagée. Retirez les chutes de laitier, chiffons imbibés, emballages et outils de la zone de travail, et éloignez les matières combustibles d’au moins 10 mètres. Vous réduisez ainsi le risque de départ de feu sans gêner l’accès aux commandes.
L’atmosphère explosive doit être maîtrisée avant l’allumage de l’arc
Vous l’avez peut-être déjà entendu : une atmosphère explosive, c’est l’ATEX. Elle apparaît quand un combustible se mélange à l’air dans une proportion suffisante pour exploser. Ce combustible peut être une vapeur, un gaz, un brouillard ou une poussière.
Et là, le soudage change tout. L’arc, la flamme, une surface chaude ou une simple étincelle suffisent à enflammer le mélange. La propagation peut alors être brutale.
Avant de monter dans la nacelle, identifiez les sources possibles :
- les vapeurs de solvants, carburants, peintures ou produits de nettoyage
- les fuites de gaz ou de liquides inflammables
- les poussières déposées, notamment dans les ateliers, silos, gaines et zones de stockage
- les réservoirs, canalisations et volumes creux ayant contenu un produit combustible
- les locaux voisins, où une fuite peut créer une atmosphère dangereuse sans être visible depuis le panier
Le risque d’explosion doit figurer dans le DRPCE, le document relatif à la protection contre les explosions. Vous y trouverez les zones dangereuses, les produits, les sources d’inflammation et les mesures de prévention.

Un volume qui paraît vide peut rester dangereux. Cuve, canalisation ou réservoir doivent être vidés, nettoyés, dégazés ou inertés selon le produit qu’ils ont contenu.
En présence de vapeurs ou de poussières, la priorité reste d’empêcher la formation de l’ATEX :
- arrêter ou consigner les installations qui alimentent la zone
- supprimer les fuites et contrôler les raccords
- ventiler mécaniquement si la configuration l’exige
- aspirer les poussières plutôt que de les remettre en suspension à l’air comprimé
- maintenir les concentrations hors du domaine d’explosivité
Extinction et surveillance se préparent avant le début du soudage
Un extincteur posé au pied du véhicule ne suffit pas si la nacelle travaille à plusieurs mètres de hauteur. Vous devez garder le moyen d’extinction à portée de main. Il doit convenir au risque et ne pas déséquilibrer la plateforme.
Prévoyez notamment :
- un extincteur à eau de 9 litres, retenu par le support de permis de feu comme moyen minimal complémentaire ;
- un extincteur adapté au risque du local, surtout en présence d’équipements électriques ou de produits particuliers ;
- un RIA ou une lance à incendie, si l’installation en dispose et si son utilisation ne risque pas de renverser la plateforme ;
- un moyen d’alarme, connu du soudeur comme du surveillant ;
- une radio ou un téléphone, quand le bruit, la hauteur ou la configuration empêchent de communiquer à voix haute ;
- une issue et un chemin d’accès dégagés, pour les secours comme pour l’évacuation.
La personne chargée de la surveillance doit être formée à la première intervention incendie. Elle regarde les abords et vérifie les projections. Dès qu’une condition du permis change, elle peut arrêter le travail.

Pendant le travail, elle contrôle souvent la fumée ou une odeur inhabituelle. Elle vérifie aussi les bâches et les écrans de protection. Enfin, elle s’assure qu’elle peut joindre les secours tout de suite.
La surveillance après soudage couvre le risque de feu couvant
On pourrait croire que le risque disparaît dès que l’arc s’éteint. Pourtant, un matériau peut continuer à chauffer dans une paroi, un isolant, un plancher ou un tas de poussières.
Ce feu couvant progresse parfois lentement avant de devenir visible.
La fin du soudage doit donc déclencher une inspection méthodique :
- la zone de travail et le panier de la nacelle
- les niveaux inférieurs et supérieurs
- les gaines, tuyauteries, faux-plafonds et faux-planchers
- les surfaces chaudes ou décolorées
- les éléments qui ont accumulé de la chaleur, à laisser refroidir
- les bouteilles de gaz fermées et l’installation mise en sécurité

La surveillance doit durer au moins deux heures après l’arrêt des travaux. Si personne ne peut l’assurer, terminez l’intervention deux heures avant la fermeture du site au minimum.
Et si le surveillant détecte un départ de feu, il doit savoir quoi faire :
- donner l’alerte avec les moyens prévus
- prévenir les personnes exposées
- utiliser l’extincteur si le départ reste limité et si son intervention ne le met pas en danger
- interrompre l’alimentation ou le procédé lorsque la consignation le permet
- guider les secours vers la nacelle, le niveau concerné et les zones cachées
- évacuer selon le plan prévu plutôt que de chercher seul l’origine du feu
Les fumées de soudage exigent captage et protection respiratoire
Quand vous soudez, la fumée qui se dégage contient des gaz et des particules si fines qu’elles descendent jusqu’au fond des poumons. Certaines de ces substances irritent, d’autres sont toxiques, allergisantes ou cancérogènes. Ce n’est pas anodin.
La prévention suit une logique précise :
- réduire les émissions, en choisissant un procédé ou un produit d’apport moins émissif lorsque la qualité du travail le permet
- capter à la source, avec une torche aspirante, un bras articulé, un gabarit ou une hotte adaptée
- ventiler la zone, en complément du captage localisé
- éviter le recyclage de l’air extrait, même filtré, et le rejeter à l’extérieur, loin des prises d’air neuf
- utiliser une protection respiratoire, lorsque la protection collective ne peut pas être installée ou reste insuffisante
Dans un espace confiné, il faut une ventilation mécanique forcée. Attention toutefois : elle doit tenir compte du risque d’incendie et d’explosion. Elle doit aussi composer avec la nacelle, et notamment avec les câbles et les tuyaux.

Si vous devez porter un appareil respiratoire, l’INRS recommande un appareil filtrant, à ventilation libre ou assistée, avec un filtre antiparticules P3. Selon les polluants, vous pouvez y ajouter un filtre antigaz. Si l’air est pauvre en oxygène, seul un appareil isolant convient.
La PEMP impose une conduite formée et des conditions maîtrisées
Une nacelle, c’est une plateforme élévatrice mobile de personnel, ou PEMP. Elle élève un poste de travail et possède des garde-corps pour vous protéger contre les chutes. Elle n’est pas conçue pour qu’on en sorte en position haute.
Les PEMP se distinguent notamment par leur mode d’élévation et leur possibilité de translation :
- type 1, sans translation du porteur lorsque la plateforme est élevée
- type 2, avec translation commandée depuis le porteur
- type 3, avec translation commandée depuis la plateforme
Vous devez connaître les caractéristiques, les limites et les commandes de la machine. Sans cela, vous ne pouvez pas travailler en sécurité.
En France, c’est l’employeur qui délivre l’autorisation de conduite. Il vérifie l’aptitude médicale, la formation et la connaissance du site. Le CACES R.486 peut servir de base à cette évaluation.
Avant chaque prise de poste, contrôlez :
- la notice d’instructions et le dernier rapport de vérification
- l’état des garde-corps, du portillon, des pneus, des flexibles et des commandes
- les arrêts d’urgence, le dispositif homme mort et les commandes au sol
- le niveau de charge et l’absence de fuite
- la charge maximale et la courbe de travail
- l’état, la planéité et la résistance du sol
- les obstacles, fossés, plaques, regards et réseaux enterrés
Pour la zone de travail, pensez à trois points :
- balisez la zone pour qu’aucune personne ne soit heurtée par la machine ou par un objet tombé de la plateforme
- gardez le surveillant à distance suffisante pour ne pas être écrasé, tout en lui laissant la vue sur l’opération
Le soudeur, lui, garde les pieds au sol de la nacelle. Il ne monte ni sur le garde-corps, ni sur un escabeau, ni sur une caisse pour gagner quelques centimètres.

Le harnais et la longe se fixent au point d’ancrage prévu, lorsque la machine en possède un et que la notice le demande.
Pluie, brouillard ou vent au-delà de la limite du constructeur rendent l’intervention dangereuse. Suspendez le travail ou réorganisez-le, même si le soudage reste possible.
Le secours et la descente d’urgence se préparent avant la montée
Un malaise, une brûlure, une panne électrique ou un départ de feu peut vous empêcher de redescendre seul. Préparez donc la procédure de secours avant la montée. Pas au moment où l’accident survient.
Pour les PEMP de type 1 ou 3, il faut au moins deux personnes. Un conducteur autorisé dans la plateforme, et une personne au sol. Cette dernière surveille l’environnement, alerte les secours et sait utiliser les commandes de secours.
Le surveillant au sol doit connaître :
- l’emplacement du poste de commande de secours ;
- l’arrêt d’urgence et le coupe-batterie ;
- la procédure décrite dans la notice de la machine.
La commande de sauvetage permet en général de ramener la plateforme au sol si le conducteur ne peut plus agir. La commande de dépannage sert, elle, en cas de panne de la machine ou de son alimentation. Ne les confondez pas.

Vous pouvez organiser un essai de la procédure, dans les conditions prévues par le fabricant. Jamais de descente improvisée à l’échelle, par un bras voisin ou un équipement de levage. La nacelle n’est pas un passage vers une toiture.
En cas de départ de feu, le conducteur donne l’alerte et applique la procédure prévue. Si le feu menace la plateforme, la priorité devient la mise en sécurité et la descente. Mais seulement si cette manœuvre reste possible et n’expose pas davantage l’opérateur.
Lors de l’appel aux secours, précisez l’adresse exacte et le point d’accès. Indiquez la hauteur de la nacelle et le nombre de personnes exposées. Signalez les bouteilles de gaz, le type de feu, ainsi que les risques électriques ou ATEX. Ces informations font gagner un temps précieux.
Enfin, la nacelle ne doit jamais bloquer une sortie de secours, une voie d’accès aux pompiers ou un équipement incendie. Après l’intervention, redescendez-la, arrêtez-la, sécurisez-la. Stationnez-la ensuite dans une zone prévue à cet effet.
Avant d’allumer l’arc, relisez votre permis de feu et vérifiez qu’il décrit encore le chantier réel. Un changement de lieu, d’équipe ou de planning suffit à le rendre caduc : mieux vaut refaire l’analyse que découvrir l’écart trop tard.





