Avec un chariot télescopique, la charge cache souvent ce qui est devant la machine.
Le conducteur ne voit plus les piétons ni les obstacles. Pour le levage d’une charge masquée, un signaleur le guide, et il faut respecter des limites claires. Voyons comment.
Chariot télescopique, levage d’une charge masquée et rôle du signaleur
Sur un chantier, le chariot télescopique rotatif est très polyvalent : son châssis tout-terrain et sa flèche télescopique lui permettent de lever une charge en hauteur ou à distance. Vous pouvez l’équiper de fourches ou d’une benne, si le fabricant l’autorise.
Le problème, c’est que la charge peut vous masquer les piétons, les obstacles, le point de dépose et même le bout de la flèche. Le signaleur aide alors le conducteur à garder le contrôle du trajet et de la manœuvre.
C’est là qu’intervient le signaleur, aussi appelé chef de manœuvre quand il dirige un appareil de levage. Il ne remplace pas le conducteur. Il lui donne les indications pour avancer, reculer, lever, abaisser ou arrêter la machine.
Pour que ça fonctionne, le signaleur doit voir la charge et la zone de déplacement. Le conducteur doit pouvoir le voir ou communiquer avec lui par radio. S’il perd de vue la charge ou le signaleur, le conducteur arrête tout. Pas de discussion.
Le rôle du signaleur tient en quelques points :
- Repérer le trajet : obstacles, portes, lignes électriques, autres engins, zones où des personnes peuvent entrer.
- Se tenir hors de la trajectoire : ne jamais marcher entre le chariot, la charge, un mur, un camion ou une fouille.
- Donner des ordres simples, connus avant le départ de la manœuvre, avec des gestes normalisés ou des messages radio courts.
- Arrêter la manœuvre dès qu’il ne voit plus la charge, le conducteur ou un élément important du parcours.
Capacité du chariot télescopique selon la portée et la hauteur
La capacité d’un chariot télescopique dépend de la position de la charge. Le chiffre inscrit sur la machine correspond à une configuration précise, et non à un poids que vous pouvez lever partout. Consultez l’abaque pour connaître la capacité selon la hauteur et le déport.
Pour s’y retrouver, consultez l’abaque de charges. C’est le tableau qui relie le poids admissible à la hauteur et au déport. Il doit correspondre au chariot et à l’équipement installé.
La capacité autorisée baisse généralement quand :
- La flèche s’allonge : la charge s’éloigne du centre de gravité du chariot.
- La charge monte : le centre de gravité de l’ensemble remonte aussi.
- Le poids est mal réparti, avec une partie lourde loin du tablier ou du crochet.
- Le sol est en pente, meuble ou irrégulier : les roues peuvent s’enfoncer ou perdre leur appui.
- Un accessoire différent est installé : son poids et son centre de gravité modifient la capacité restante.
- Les stabilisateurs manquent ou sont mal placés, quand le modèle et l’opération les exigent.
- La charge est suspendue : elle peut osciller et déplacer son centre de gravité en plein mouvement.
Dans le calcul, n’oubliez pas l’accessoire et le matériel de levage. Une élingue, une manille, une potence ou un crochet ajoutent leur propre masse.
Avant chaque levage, notez :
- Le modèle exact, inscrit sur la plaque ou dans la documentation.
- La hauteur de dépose, mesurée jusqu’au point où la charge sera posée.
- La portée horizontale, soit la distance entre le chariot et le centre de la charge.
- La configuration du chariot : avec ou sans stabilisateurs, châssis nivelé ou non.
- La nature du sol : pente, portance, risque d’affaissement.
Si l’abaque ne donne pas clairement la capacité, ne lancez pas la manœuvre. Demandez un équipement ou une méthode compatible avec le poids prévu. Vous évitez ainsi le risque de surcharge.

Le limiteur de charge ou l’alarme de surcharge est une aide, pas une autorisation de dépasser l’abaque. Le voyant ou le signal sonore vous prévient d’un danger, mais il ne rend pas le levage sûr pour autant.
Enfin, la charge doit rester stable sur les fourches ou être correctement attachée à un accessoire prévu pour le levage. N’improvisez pas une chaîne ou une élingue autour des fourches : cette configuration n’est possible que si le fabricant l’a autorisée.
Charge suspendue au télescopique et zone d’exclusion
Une charge suspendue peut se mettre à osciller après un démarrage, un freinage, un virage ou un passage sur une pente. Et là, la stabilité du chariot devient difficile à prévoir.
Utilisez uniquement un équipement conçu, identifié et autorisé pour le levage suspendu. Vérifiez que la notice du chariot autorise la potence, le crochet ou le treuil installé, et qu’un abaque lisible existe pour cette configuration.
La préparation comprend plusieurs contrôles :
- Point d’accrochage, adapté au poids et à la forme de la charge.
- Centre de gravité, repéré avant la prise, pour éviter une charge qui bascule dès qu’elle quitte le sol.
- Élingues et manilles, vérifiées, adaptées et protégées des arêtes coupantes.
- Sol ferme et horizontal, avec les stabilisateurs déployés si la notice le demande.
- Vent, compatible avec la charge et les limites fixées par le fabricant.
- Point de dépose suffisamment résistant, dégagé et accessible sans déplacement latéral.
Commencez par une prise de quelques centimètres seulement. Cette levée d’essai vous montre si l’équilibre tient. Vous voyez aussi comment réagissent les accessoires et le chariot. Si la charge penche ou tourne, reposez-la. Corrigez l’accrochage, sans la rattraper par des gestes brusques.
Le déplacement doit rester lent et progressif. Évitez les démarrages secs, les freinages rapides, les virages serrés et les corrections de niveau destinées à stopper une oscillation.
Gardez la flèche rentrée autant que possible, et la charge aussi basse que la visibilité et les obstacles le permettent. Ne tirez jamais une charge sur le côté, ne la traînez pas, et n’essayez pas de décoller une charge bloquée.

La zone d’exclusion correspond à l’espace où la charge, le chariot, la flèche ou la charge tombée peuvent atteindre une personne. Sa taille dépend de la hauteur de levage, de la longueur de la charge, de son oscillation, des obstacles et du risque de renversement.
Matérialisez-la avec des barrières, de la rubalise ou une surveillance humaine adaptée au chantier. Le balisage seul ne suffit pas. Des personnes peuvent le franchir sans être surveillées, surtout près d’une circulation d’engins ou d’un accès public.
Personne ne doit :
- Passer sous la charge, même quelques secondes.
- Se placer entre la charge et un obstacle, car un mouvement imprévu peut provoquer un écrasement.
- Guider la charge à la main depuis une zone dangereuse : une corde de guidage permet de rester à distance.
- Rester dans le rayon de chute ou d’oscillation, même si le chariot semble stable.
- S’approcher pendant une perte de visibilité, tant que la charge n’est pas reposée et la machine immobilisée.
Le signaleur se place hors de la trajectoire du chariot et du rayon de chute ou d’oscillation de la charge, tout en gardant la charge et la zone dangereuse dans son champ de vision.
Quand la charge est accrochée ou décrochée à la main, attendez qu’elle soit reposée et que la machine soit immobilisée avant de vous approcher. La personne qui réalise l’opération doit pouvoir travailler sans risquer d’être coincée entre la charge et une structure.
Employeur, conduite et préparation des manœuvres
Votre employeur choisit un chariot adapté à la charge, à la hauteur, au terrain et aux équipements. Il réalise, ou fait réaliser, un examen d’adéquation.
Vous devez suivre une formation adaptée à la machine et à son usage. Pour un chariot télescopique de chantier, le CACES R.482 catégorie F concerne les chariots tout-terrain à mât ou à flèche télescopique.
Avant de prendre le poste, préparez la manœuvre dans cet ordre :
- Définir la tâche : poids, hauteur, portée, point de départ et point de dépose.
- Choisir l’équipement, en vérifiant qu’il est autorisé pour le chariot et pour le levage prévu.
- Lire l’abaque et retenir la capacité correspondant à la portée et à la hauteur réelles.
- Reconnaître le sol : pentes, trous, réseaux enterrés, lignes aériennes, zones de circulation.
- Contrôler la machine : pneus, fuites, freins, direction, commandes, dispositifs d’alerte, accessoires.
- Vérifier les documents : notice, contrôles réglementaires, consignes propres au chantier.
- Désigner le signaleur avant le début de la manœuvre, et convenir des gestes ou des messages radio.
Les vérifications réglementaires couvrent la mise en service, la remise en service après certaines interventions et les vérifications générales périodiques. Pour les chariots automoteurs à conducteur porté, la vérification générale périodique a lieu tous les six mois.

Le contrôle quotidien complète ces vérifications. Il porte sur l’état général, les pneus, les fourches ou l’accessoire, les flexibles, les fuites, le freinage, la direction, la visibilité, les feux et les alarmes. Si une anomalie risque de causer un accident, arrêtez la machine et signalez-la.
Pendant la conduite, gardez la ceinture attachée et adaptez votre vitesse au sol. Gardez la charge basse. Ne quittez jamais le poste avec une charge suspendue. Immobilisez la machine avant toute intervention sur l’accrochage.
Sur une voie ouverte à la circulation, vérifiez avant de partir les règles applicables au déplacement de l’engin et à son gabarit. Selon la situation et les prescriptions routières, vous devrez peut-être replier ou démonter les éléments mobiles ou démontables.
Chaque chantier apporte son lot d’imprévus, et une manœuvre qui s’est bien passée hier ne garantit rien pour demain. Restez attentif au sol, à la visibilité et à la position de la charge, même quand tout semble aller de soi.





